mercredi 27 juillet 2011

Théâtre jeunesse Livre 2: Pièce 2: DECONNE PAS MARIE



Théâtre Jeunesse Livret 2, le livre artisanal.





DÉCONNE PAS, MARIE


Une jeune fille d’aujourd’hui, Marie, regarde les infos à la télé. Une guerre en pleine ville, comme en Irak, comme ailleurs, dans laquelle l’armée française est impliquée. On voit un petit garçon de trois ans qui ouvre une porte donnant sur la rue, reçoit une balle perdue et meurt sous les yeux de la planète entière. Marie est tellement choquée qu’elle décide de faire la grève de la faim dans son lycée jusqu’à ce qu’on retire l’armée française de ce bourbier pour laisser place à autre chose.

Distribution : adaptable en fonction de la troupe. Écrite à l’origine pour une troupe d’une dizaine d’ados et d’un ou deux adultes.
Durée : environ 45 minutes.


Personnages

Marie  (Lycéenne)
Morine (Lycéenne)
Mouche (Lycéenne)
Chouquette (Lycéenne)
Mlle Mireille Fangueux (Infirmière)
Mlle Géraldine Mercadier-Vernissel (Reporter)
Le Caméraman
Jean- Charles (Présentateur télé)
Le Proviseur
Le Président de la République (voix OFF)



Extraits



Morine    Marie…

Marie    Je vais plus aller bien loin, quelques jours…

Morine   Mais non…

Marie   Mais si, c’est inéluctable. Ça n’aurait pas de sens, sinon… Et après moi…

Morine     Tu peux pas, quand même ! C’est ça qui n’aurait aucun sens. Une belle plante de seize ans, dans un patelin pourri, qui se laisse mourir parce que le monde, il est pas beau ! Ouvre les yeux, ma cocotte, t’es pas le bon Dieu ! Tu crois que tu vas le leur changer, leur monde ?

Marie   Y z’ont pas le droit, Morine, y z’ont pas le droit ! J’ai rien d’autre à dire. Je reviendrai pas sur ma décision. C’est la dernière fois que je te le dis. Ne parle plus, que pour du positif, que pour faire avancer, pas pour faire marche arrière. Ça me fatigue, pour rien. J’ai plus les moyens.

Morine   J’ai peur pour toi…

Marie    Alors, aide-moi. Laisse-moi dormir, chérie. T’oublies pas de me réveiller à huit heures, surtout… Je compte sur toi.

Morine    Dors, Marie, dors.
…………………………..

Chouquette    Y va bien se passer quelque chose, y se passe toujours quelque chose, dans ces cas- là…

Morine    Quelque chose ! Quelque chose ! Et si elle claque avant ?

Chouquette    Parle pas comme ça, Morine.

Mouche    On laissera pas faire ça. Chouquette a raison. Y va se passer quelque chose. Le Président parle ce soir. Sûr qu’il va faire un geste. C’est pas un monstre, quand-même ! Lui aussi, il a des enfants. Il sait ce que c’est.

Chouquette    C’est une question de jours, d’heures, peut-être…

Morine    Justement, c’est bien ça qui me fait peur !
…………………………..

Présentateur    … les populations civiles, utilisées comme boucliers humains par les derniers défenseurs, ont payé un lourd tribut, malgré les consignes alliées d’éviter toute bavure envers les civils…

Mouche    C’est juste après, tu vas voir …

Morine    Tu parles d’un spectacle !

Marie    Chut !

Présentateur    Incident dramatique, justement, ce matin. Un enfant de trois ans, surgissant soudainement d’une entrée d’immeuble, a été abattu d’une balle perdue, semble t-il. Notre caméraman, qui suivait la progression des troupes alliées, a filmé la scène. Regardez…
( Silence de quelques secondes)

Chouquette    Bon, ça y est, t’as vu ? On peut changer de programme ?

Marie    Non ! Pas touche ! C’est dégueulasse ! C’est des menteurs, en plus ! Vous allez voir !
(Elle rembobine la cassette)

Chouquette    Ah non ! Tu vas pas nous la remettre une fois de plus ! On a compris, y’a un minot qui a morflé ! Ca va ! Tu parles d’une soirée !

Morine    La Chouque a raison. Déjà qu’y’a pas de musique… Mets-nous le spectacle, on va pas finir la soirée à chialer comme des connes..

Marie    Comment ça, des connes ? Mais c’est un pauvre môme ! Et en plus, c’est nous qui l’avons flingué ! Y’a qu’à bien regarder les images, ça saute aux yeux !
…………………………………..

Mireille    S’il vous plait ! Certes, des élèves ont pénétré dans l’infirmerie sans frapper à la porte…

Géraldine    Ah ! Vous voyez !

Mireille    Certes, deux surveillants qui passaient à ce moment ont crû devoir intervenir…

Géraldine    Ils sont quand- même en observation à l’hôpital !

Mireille    A l’hôpital ? Pour deux gifles de jeunes filles ! Soyons sérieuses, mademoiselle !

Géraldine    Deux gifles ? Vous êtes sûre ?

Mireille    Deux gifles ! De jeunes filles, je répète. Et je vous saurai gré de ne pas m’interrompre constamment. Il se passe des choses graves.

Géraldine    Qu’est-ce que je disais !

Mireille    Ça suffit ! Taisez-vous ! Ou j’arrête cet entretien.

Géraldine    Excusez-moi…

Mireille    Je reprends donc. D’une manière un peu cavalière, je le reconnais volontiers, quatre jeunes filles, pas une de plus, ont investi, vers seize heures, l’infirmerie du lycée Petit Prince pour mener à bien une opération qu’elles qualifient elles-mêmes de politique, je rajouterais humanitaire.
Hormis les deux gifles dont j’ai fait mention précédemment, aucun acte de violence n’a été commis.
Ces quatre jeunes filles, que je qualifierais de formidables - taisez-vous- ont sollicité mon aide morale et technique. Pendant quatre heures, nous avons parlé gravement de leur décision et j’ai accepté, dans un premier temps, de les conseiller, ensuite de transmettre, par votre intermédiaire, le message qu’elles désirent délivrer au Président de la République.

Géraldine    Au Président ? Quel toupet !
…………………………..

Mouche    Vingt-cinquième jour. Pas une miette de pain, pas un raisin sec…

Morine    Gourmande comme elle est, d’habitude !

Chouquette    Marie a déjà perdu huit kilos. Et encore, avec le goutte-à-goutte…Elle peut plus tenir debout.

Morine    Elle a plus de force…

Mouche    Sauf dans les yeux ! Quand elle vous regarde…

Chouquette    Elle vous subjugue, elle vous vrille le cœur…

Morine    Elle vous donne envie de la suivre, au bout du monde.

Mouche    On était là, comme des connes, à se foutre de tout…
………………………………

Marie    J’arrête, j’arrête cette comédie. J’ veux pas vivre dans leur monde. C’est égoïste, hein ? Mais je serai trop malheureuse. Ça ressemble à rien.
Le petit Arsik s’ennuie, tout seul, là-haut. Y m’appelle, je l’entends, je l’entends depuis plusieurs jours déjà… Il veut jouer aux billes, à la marelle, et il a personne… Alors…

Mouche    Qu’est-ce tu dis ? Tu délires, là !

Morine    Mais, enfin, Marie !

Marie    Je vous aime, si vous saviez, je vous aime… tant… je vous aime tant… Mais c’est fini, j’en ai marre…
(Elle arrache la perfusion.)
A plus, les filles…

Chouquette    Mais ça va pas ! Fais pas ça !

Mouche    Déconne pas, Marie !

Morine    Déconne pas !
(Les trois filles se précipitent vers le public)

Les trois filles    C’est pas possible ! On va pas les laisser faire, merde !



Texte déposé à SACD/SCALA

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